Le breton à Nantes : une présence historique bien documentée
Actualités

Le breton à Nantes : une présence historique bien documentée

Partager
Image par Alain GENERAL de Pixabay

Des origines médiévales

L’appartenance de Nantes à la Bretagne est attestée dès le Ve siècle, lorsque des tribus bretonnes s’installèrent sur les bords de la Loire. Plus tard, au Moyen Âge, on trouvait des brittophones à la cour du duc, au château des ducs de Nantes. 

Un texte du XVIe siècle décrit explicitement le pays nantais comme bilingue : à Nantes, on parlait couramment « françoys » et « breton ». 

Les quartiers historiques bretonnants

Les sources identifient plusieurs quartiers où le breton était parlé, principalement liés aux vagues migratoires :

  • Chantenay : les Bretons occupaient principalement ce quartier à l’ouest de Nantes, qui était alors le quartier des chantiers navals et des docks. 
  • Sainte-Anne : les bretonnants de Nantes se regroupaient également autour de l’église Sainte-Anne, officiellement inaugurée en 1947 et dédiée à la sainte patronne des Bretons.
  • Les faubourgs populaires : l’ethnologue Paul Sébillot estimait en 1886 que 10 000 Nantais parlaient breton sur une population de 127 000 âmes, soit plus de 7% de la population. Cette communauté, pauvre, vivait dans les faubourgs : Chantenay, Le Marchix, Doulon. 
  • L’île de Biesse et Barbin : dans les années 1830, les Bretons s’entassaient dans les quartiers les plus pauvres, dans l’île de Biesse, à Barbin, Sainte-Anne et Chantenay.

Une immigration massive au XIXe siècle

L’immigration bretonne était à son apogée entre le milieu du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale : en 1891, 17 000 Nantais étaient nés dans un des quatre autres départements bretons. Cette immigration était la plus visible car la seule repérable à la fois par le nombre et par la langue. 

À condition d’abandonner le costume et de renoncer à la langue bretonne, les immigrés s’intégraient plus facilement, grâce aux réseaux familiaux et à une organisation autour d’associations comme le Foyer breton créé en 1923, de cafés comme le Rendez-vous des Bretons, et de quartiers comme Sainte-Anne et Chantenay.

Des traces encore visibles

Certains quartiers de Nantes portent des noms d’origine bretonne, comme Carcouët (« le fort du bois », attesté en 1269 sous la forme Quarquoet) ou le Loquidy, mentionné dès 1076 sous la forme Losquidic (du breton loskidig, « les brûlis »), Le Croisy (villaige du Croysic en 1588). Ces toponymes médiévaux indiquent qu’une population bretonnante, même minoritaire, était suffisamment stable et implantée pour laisser son empreinte dans la création des noms de lieux. Les chartes nantaises du XIe siècle montre aussi une certaine mode pour le prénom breton, les nantais de l’époque répondent aux doux noms bretons de Drongualoi ou Iudicael.

Les noms de famille d’origine bretonne n’étaient pas rares à Nantes au Moyen Âge : Le Bosec, Le Gouz, Le Garec, Gargoillec, Leec, Haugomar… Autant de témoignages de populations bretonnantes installées dans la ville, sans doute déjà regroupées dans des quartiers situés autour du « Chemin de Basse-Bretagne », dans l’ancienne paroisse de Saint-Similien, au nord-ouest de la cité. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque, la région la plus densément peuplée du pays nantais était le pays guérandais. Après Nantes, il constituait le principal foyer démographique de l’évêché. Or cette zone était majoritairement bretonnante.

Il existait donc des échanges constants entre, d’une part, le port de Nantes, largement romanophone, et, d’autre part, le littoral septentrional du pays nantais, où le breton demeurait prédominant. Ces circulations humaines et commerciales ont naturellement favorisé la présence et l’ancrage d’éléments bretonnants dans la ville.

Anecdotes : aux XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, des gendarmes bilingues étaient affectés aux quartiers bretonnants. On conserve également des traces d’affichages politiques rédigés en deux langues dans ces secteurs. Certains commerces signalaient que le breton y était compris et pratiqué.

Au cinéma L’Olympic, ouvert en 1926 à Chantenay, un interprète bretonnant doublait les films en direct et concluait la séance par un « Ken dizale ! ».

Aujourd’hui, le breton reste une langue parlée en Loire-Atlantique, et est un patrimoine vivant, que chacun peut choisir de découvrir ou de faire revivre plus couramment.

À Saint-HerblainSkol an Emsav propose des formations de breton ouverts à toutes et tous. Que l’on ait des racines bretonnes ou non, il est possible de se réapproprier cette langue, par curiosité, par engagement culturel ou simplement par envie.

Sources principales : breton-nantes.bzhPatrimonia NantesBarr-Avel et Wikipedia.

Écrit par Skol an Emsav
Publié le
Voir aussi

Actualités

Nous cherchons un assistant administratif et de formation !

Lire l'article

Le breton en Loire-Atlantique : une langue oubliée… mais pas perdue

Lire l'article

Vous avez
des questions ?

Envoyer un message

Besoin d’un renseignement sur nos activités d'enseignement ou d'animation culturelle ? Notre équipe se tient à votre disposition !